Poème : 20 h 55 à la supérette

Il y eut un temps où l’apéro
Se prolongeait jusque très tard
Désormais, dès que tombe le soir,
Il faut vite prendre le métro

Les rames bondées sont pleines de miasmes
Bien que les gens portent des masques
Déjà pompettes, nous connaissons l’angoisse
De ne plus avoir, chez nous, de vinasse

Nous prions “plus vite, presse-toi, chauffeur !”
Car nous devons rentrer avant vingt et une heure
Et, avant cela, passer à la supérette

Nous pressons le pas, une fois dehors
Ne songeant plus qu’à la bouteille de cahors
Que nous achèterons chez Cocci Market

La boutique n’a jamais été si pleine
Les chalands, chargés de Kro, Leffe ou Despé
Regardent l’heure en attendant de payer
S’ils n’arrivaient pas à temps, quelle déveine !

Elle va se grouiller, cette conne, de compter sa monnaie ?
Je vais me faire pincer par la maréchaussée !
Il est moins cinq et il y a encore la queue
Vais-je crever de soif à cause du couvre-feu ?